Inspirations

Chère Âmie,


Il existe, à partir d'un certain état de présence, un degré de perception de la réalité qui permet la dissolution des pires souffrances. C'est là que réside une poche de joie, pulsatile, qui ne cesse jamais d'exister.

La rencontrer ne nécessite aucune formation, ni lecture, aucun enseignement secret, ni diplôme, simplement le désir profond de regarder en soi en délaissant les filtres et lunettes déformantes que sont nos blessures. Bien sûr cela demande un certain « travail ». Cela nécessite de descendre dans notre cave, métaphore de l'inconscient.


Descendre les premières marches nous apprendra d'abord que la lumière est éteinte, et que malgré notre frénésie à actionner l'interrupteur, l'ampoule est vraisemblablement grillée. Quelques marches plus bas, nous découvrirons qu'il y a probablement eu une inondation, et que ces innombrables cartons entreposés là depuis notre enfance sont en train de pourrir.

Là, nous commençons déjà à vouloir nettoyer à tout prix, rapidement. Et c'est la dernière chose à faire.

Je t'invite à observer, et surtout ne rien faire. Dans cette obscurité totale et nauséabonde, je t'invite à ne pas céder à la volonté de trier, de gesticuler, de ranger hâtivement cet amoncellement désordonné.

Là, justement, simplement, il faudrait s'asseoir, en plein milieu. Et allumer une bougie, déjà. Commençons par une, une seule. Voilà… je te présente le moment présent. La conscience du moment présent brûle la souffrance.


Et peut-être pouvons-nous à présent, assis au milieu de la cave, observer la lumière se faire, au rythme du vacillement de la flamme de ta conscience. Te sentir respirer, consciemment, jusqu'à entendre ton propre souffle. Et peut-être que là, tu t'autoriseras enfin à entendre des pleurs provenant du fond de la cave. Ce sont les appels de détresse de cet enfant intérieur que nous avons, chacun, enfermé dans notre cave. Et nous passons notre vie d'adulte à danser à leur rythme, dans la plus totale inconscience.


Le rejoindre et le prendre dans les bras, nécessite beaucoup de présence, beaucoup de conscience, et une absence totale de jugement. Et tu te rendras compte que, s'il est facile d'être tendre avec les autres, être tendre avec toi-même nécessite beaucoup, beaucoup de courage. C'est ici la première porte à passer, qui mène vers cet endroit de joie. Elle est basse et étroite, et y passer nécessite l'abandon de beaucoup de bagages aussi inutiles qu'encombrants.


La traverser ne nécessite aucun effort, au contraire. C'est ta force, ta résistance et ta volonté de contrôle qui t'empêchera de la traverser. La traverser nécessite un effondrement, un abandon, une vulnérabilité souriante, une confiance dans ce qui nous porte depuis toujours. Une confiscation du « Soi » par le « Cela ».

Et c'est là, seulement là, vous pourrez tous les deux commencer, lentement, très lentement, à ouvrir les cartons ensemble. Avec un sourire que plus rien n'éteindra jamais.


Par un curieux hasard - Stephan Schillinger©️

Parfois tout va mal, le monde est perçu à travers le filtre gris et morose de la solitude, de l'inquiétude, de la tristesse voire de la dépression.

Parfois tout va bien et le monde est vu au travers des lunettes rose d'une nouvelle rencontre, un élan de vivre qui resurgit et permet de s'émerveiller de nouveau et voir l'horizon vaste et ouvert d'un tout est possible.

Les rencontres amoureuses, notamment lorsque l'on souffre de dépendance affective ou d'attachement anxieux, sont le terrain de jeux des émotions intenses.

Combien de fois ai-je été témoin, en moi ou chez l'autre, du pouvoir de persuasion de transformations radicales de ces rencontres. Soudainement on ne voit plus ce qui faisait si mal quelques jours seulement auparavant. On se pense être passer à une autre étape, même être carrément guéri de tout ce qui nous rendait la ville si difficile. Les événements sont vécus avec enthousiasme et chaque difficulté trouve sa solution aisément.

L'élan amoureux est porteur.


Et pourtant, la vie vécue à travers le filtre de la dépression ou de l'élan amoureux est comme les deux faces d'une même pièce.

Aller plus loin serait l'engagement à voir l'ensemble du tableau, la totalité de la pièce.

Suis-je celle ou celui triste, seul.e et déprimé.e ou celle/celui qui, poussé et guidé par l'élan amoureux, peint la vie de multiple couleurs ?

Puissions-nous nous rendre au centre. A l'évidence d'un espace accueillant et unifiant qui n'est ni l'un, ni l'autre de ces verres déformants, et capable de recevoir avec équanimité la dépression et l'exaltation amoureuse.

Et continuer à cheminer, par delà les opposés...



Par un curieux hasard - Stephan Schillinger©️

La maison d'hôtes


Être humain, c'est être une maison d'hôtes.

Tous les matins arrive un nouvel invité.

Une joie, une dépression, une mesquinerie

Une prise de conscience momentanée vient

comme un visiteur inattendu.

Accueillez-les tous et prenez-en soin !

Même s'ils sont une foule de douleurs,

Qui balaient violemment votre maison,

Et la vident de tous ses meubles.

Traitez chaque invité honorablement.

Peut-être vient-il faire de la place en vous

Pour de nouvelles joies.

Les pensées sombres, la honte, la méchanceté,

Allez à leur rencontre sur le pas de la porte, en riant,

Et invitez-les à entrer.

Soyez reconnaissant pour tous ceux qui viennent,

Parce que chacun a été envoyé

Comme un guide venu d'ailleurs.



Rumi